Compagnie À suivre…Construire une impro
Spectacle long · free form

La table de mixage

Un spectacle long devient monotone quand les scènes s'enchaînent sur les mêmes réglages : six duos de quatre minutes, dialogués, debout au centre, au tempo moyen, qui finissent tous au noir. La table de mixage ne touche pas au propos des scènes : elle règle leur forme. Sept potentiomètres disent ce qui peut varier, huit opérations disent comment le faire varier d'une scène à la suivante. Trois réglages en plus servent de points bonus.

Le contenu ne suffit pas

Des histoires très différentes, jouées sur les mêmes réglages, donnent le même spectacle. Le public sent le rythme avant de comprendre le sujet.

Pour tout spectacle long

Des scènes liées (Harold, saga) ou sans aucun rapport (montage, Combien) : l'outil ne regarde que la forme.

Un réflexe, pas une feuille

On s'en sert en atelier pour l'intérioriser, puis on joue sans rien : l'équipe sent ce qui doit bouger.

Les 7 potentiomètres

Format (on le choisit avant d'entrer) : Durée, Effectif, Transitions · Mouvement (comment la scène bouge) : Rythme, Plateau · Texture (ce que le public entend et ressent) : Parole, Couleur.

Format · Durée

Combien de temps dure la scène ?

FlashCourteMoyenneLongue

Du flash de 30 secondes à la scène de 8 minutes et plus.

Échauffement : La même situation jouée en 30 secondes, puis en 3 minutes.

Format · Effectif

Combien de joueurs en scène ?

SoloDuoTrioGroupeChœur

Du solo au plateau entier.

Échauffement : Une scène de groupe dont les joueurs sortent un à un jusqu'au solo.

Format · Transitions

Comment la scène commence ?

In medias resInstallation lenteEntrées une à uneTableau figéAdresse au publicSon ou lumière d'abordRelais

Surtout l'entrée dans la scène ; « relais » : la fin de la précédente devient le début. Côté sortie, la fin varie aussi : coupe nette, chute, fondu, fin suspendue, tableau final.

Échauffement : La même scène commencée de quatre façons : en plein conflit, en silence, joueurs entrant un à un, par une adresse au public.

Mouvement · Rythme

À quelle vitesse et avec quelle intensité ?

Lent, chuchotéPosé, retenuMoyenVif, intenseFrénétique, explosif

Vitesse et intensité ensemble, des 7 niveaux de tension de Lecoq au frénétique ; les jouer en sens contraire est un point bonus.

Échauffement : Une action simple jouée aux cinq rythmes, du chuchoté lent au frénétique explosif.

Mouvement · Plateau

Où joue-t-on, et combien on bouge ?

Immobile, avant-scèneAssis, dans un coinAu centre, naturelTout le plateau, en mouvementNiveaux, chorégraphié

Où l'on joue et combien le corps raconte, du gros plan immobile au plan large en mouvement ; nuance : une scène très physique dans un mouchoir de poche.

Échauffement : La même scène jouée immobile dans un mètre carré, puis en mouvement sur tout le plateau.

Texture · Parole

Comment ça parle ?

Sans parolesPeu de motsDialogueMonologueNarrationChant

Du silence au chant.

Échauffement : Une scène dialoguée rejouée sans un mot, puis racontée par un narrateur.

Texture · Couleur

Quel climat ?

GraveTenduTendreLégerComique

Le climat, pas le sujet.

Échauffement : Le même début de scène joué grave, puis léger.

Points bonus

Hors jeu : ils ne comptent ni dans le contraste ni dans les règles. Ce sont des points bonus, à glisser quand ils servent : un regard à la salle, une idée de régie, un rythme à contre-temps.

Bonus · Rapport au public

Où est le public pour la scène ?

Quatrième murRegardsAdresse directeInteraction

Du quatrième mur fermé à l'interaction.

Bonus · Régie

Que font la lumière et le son ?

Plein feuLumière dessinéeSon ou musiqueSilence imposéNoir partiel

Si le spectacle a une régie.

Bonus · Rythme à contre-temps

Et si vitesse et intensité allaient en sens contraire ?

Lent mais explosifRapide mais chuchoté

Le contre-temps surprend : à garder pour un moment fort.

Les 8 opérations

Chaque opération s'applique à un potentiomètre, entre une scène et la suivante. Une variation se lit comme une ligne de table de mixage : effectif : inverser · rythme : pousser · plateau : zoomer · transitions : écho · le reste : tenir.

Tenir

Le potentiomètre ne bouge pas.

Exemple : Deux duos de suite.
C'est la position par défaut ; elle ne compte pas dans le contraste.

Pousser

Un cran plus loin, dans le même sens que la fois précédente.

Exemple : Rythme moyen, puis vif, puis frénétique.
Répétée, elle fait un crescendo.

Inverser

À l'opposé.

Exemple : Chœur, puis solo ; explosif, puis chuchoté.
Le contraste le plus lisible.

Rompre

Un changement brutal, sans transition, souvent au sommet d'une montée.

Exemple : Un pic d'énergie coupé net, la scène suivante chuchotée.
Une fois toutes les cinq scènes, pas plus : sinon la rupture devient la norme.

Zoomer

Une partie de la scène précédente devient toute la scène.

Exemple : Tout le plateau, puis l'avant-scène ; un des cinq joueurs reste seul.
Effectif, plateau, durée.

Élargir

L'inverse du zoom : la scène s'ouvre.

Exemple : Un solo à l'avant-scène, puis tout le plateau.
Effectif, plateau, durée.

Faire écho

Reprendre le réglage d'une scène plus ancienne, pas de la précédente.

Exemple : Le début en tableau figé de la scène 2 revient en scène 6.
Une rime formelle : le public sent une construction.

Relayer

La fin de A devient l'ouverture de B.

Exemple : A finit figée, B démarre de cette image ; A finit chuchotée, B commence à ce volume.
Transitions, rythme.

Les règles du mixage

Contraste

Entre deux scènes qui se suivent, au moins trois potentiomètres ne sont pas sur Tenir. Les points bonus ne comptent pas.

Pas de série

Jamais trois scènes de suite sur la même position pour le format et le plateau : pas trois duos, pas trois fins au noir, pas trois scènes au centre.

Doser la rupture

Un Rompre environ toutes les cinq scènes. Au-delà, plus rien ne surprend.

La courbe

Le rythme du spectacle entier dessine une forme, avec des creux et des pics, jamais une ligne droite : pas trois scènes de suite au même niveau.

Les formes du spectacle

Répétées, les opérations dessinent des formes, comme en musique. Elles ne dépendent pas du contenu des scènes.

FormeComment
CrescendoOn pousse le rythme de scène en scène, puis on rompt. Et on recommence.
AlternanceOn inverse la durée à chaque scène : long, court, long, court. Le reste varie librement.
RefrainToutes les trois scènes, un solo à l'avant-scène fait écho au précédent. Entre deux refrains, tout bouge.
EntonnoirOn zoome de scène en scène, du chœur au solo et de tout le plateau à l'avant-scène, puis on élargit d'un coup.

Intérioriser

Le but n'est pas de suivre une feuille : c'est que l'équipe sente, sans y penser, ce qui doit bouger. On y arrive par paliers, en retirant les appuis un à un.

1 · Le coach annonce

Avant chaque scène, le coach (ou le générateur) nomme les potentiomètres et leurs opérations : « effectif : inverser, rythme : pousser, transitions : écho ».

2 · Le coach compte

Il ne dit plus lesquels, seulement combien : « trois », « un seul, mais un Rompre ». L'équipe choisit.

3 · Personne n'annonce

On enchaîne sans rien dire. Au débrief, le banc nomme ce qui a bougé et ce qui a stagné.

4 · Sur scène

Avant d'entrer, un regard sur la scène précédente : qu'est-ce qui n'a pas bougé depuis deux scènes ? C'est ça qu'on change.

Pour le premier palier, l'entraînement table de mixage propose une suite de scènes avec, pour chacune, les opérations à appliquer.

Exercices

Le potentiomètre seul

Chaque joueur, 30 secondes : une même action, jouée sur trois positions d'un seul potentiomètre.

L'ingé son

Une scène tourne en boucle ; le coach annonce une opération (« rythme : pousser ! ») et les joueurs l'appliquent sans s'arrêter.

Le banc des écoutes

Cinq scènes courtes enchaînées ; le banc note pour chacune ce qui a tenu. On cherche le potentiomètre oublié.

La forme imposée

Le coach tire une forme (crescendo, entonnoir…) ; l'équipe joue six scènes qui la dessinent, sans annonce.

Dans quels spectacles

FormatCe que la table y fait
CombienLe public choisit un nombre entre 3 et 15, joué en 45 minutes. La durée est fixée par le nombre, elle tient forcément : les six autres potentiomètres font tout le travail, d'autant plus que le nombre est grand.
Harold et formes à seconds tempsLes scènes sont liées par le propos ; la table de mixage s'occupe seulement de la forme. Les seconds temps qui reviennent sur une scène gagnent à changer d'effectif ou de plateau.
Montage libreDes scènes sans rapport : c'est là que la table sert le plus. Sans lien de sens, seul le contraste de forme tient le rythme.