Compagnie À suivre…Construire une impro
Jouer l'immontrable

Scènes injouables

Ce qu'on ne montre pas : les scènes que l'histoire réclame mais qu'on ne peut pas, ou ne doit pas, jouer de front. Et les façons de les faire exister quand même dans la trame. Chaque branche renvoie aux situations, contextes et trames où elle se pose.

Le public d'un théâtre, gêné devant des silhouettes de comédiens en amorce ; un seul spectateur rit
Tirez une situation à ne pas jouer et un outil pour la faire exister : c'est un exercice prêt à jouer.

Pudeur et sécurité des joueur·euses

  • Scène d'amour / rapport sexuel
  • Accouchement
  • Allaitement
  • Mort en direct
  • Agonie longue
  • Nudité
  • Vomissement
  • Crise d'épilepsie
  • Overdose en cours
  • Opération chirurgicale

Situations à ne pas jouer

Les scènes qu'on veut dans l'histoire sans les jouer frontalement

L'action exige de l'espace et de la vitesse

  • Course-poursuite en voiture
  • Chute d'un immeuble
  • Fusillade
  • Fuite dans une forêt

Jouée, elle déçoit forcément

  • Le plus beau discours du monde
  • La blague la plus drôle
  • Le virtuose au piano
  • Le coup de foudre absolu
+ ajout, absent du document de transmission

Pourquoi c'est injouable : 10 causes

1 à 6, causes structurelles : le plateau ne peut pas le montrer. 7 à 10, causes éthiques : on ne doit pas le montrer.

1
TempsLongs cycles, transformations lentes, saisons
2
EspacePaysages, lieux multiples, distances
3
PhysiqueCascades, métamorphoses, lévitation
4
IntérioritéFolie, rêves, sensations pures
5
ÉchelleBatailles, foules, catastrophes
6
Récit invisiblePensées, plans secrets, non-linéaire
7
ConsentementViolence sexuelle, sexe, torture, mutilation
8
Corps vulnérableAccouchement, maladie, nudité, fluides
9
HumiliationHumiliation scriptée ou collective, confession forcée
10
Mort / agonieMort lente, suicide, asphyxie

Causes 7 à 10 : on ne montre jamais l'acte

On joue l'avant, l'après, les témoins : Avant / après, Objet-témoin, Récit rapporté, Contrechamp, Hors-champ sonore, Cut sec. En régie : Noir sec, ombres stylisées.

À proscrire sur ces scènes

  • Ralenti, Gros plan, Caméra subjective sur l'acte lui-même
  • Accord explicite du groupe avant tout matériau personnel
  • Suicide : jamais joué ; s'il est évoqué, après coup et avec un cadre d'accompagnement

Quelles techniques pour quelle cause

Beaucoup de solutions empruntent au cinéma. Chaque technique a sa fiche dans L'œil du cinéaste, où elle sert aussi à bien d'autres choses qu'à l'injouable.

Pourquoi ne pas montrer

Ce que ça apporte

  • La scène reste sûre pour les joueur·euses et pour le public.
  • Le public imagine, et ce qu'il imagine est toujours plus fort que ce qu'on joue.
  • Le point le plus bas et le climax gagnent en intensité quand on joue la réaction plutôt que l'action.

Avec les autres outils

  • Une situation dramatique violente se joue souvent par ses conséquences : le hors-champ en fait une scène jouable.
  • Les architectures (à rebours, Rashomon, récit enchâssé) sont des façons de déplacer le temps ou le registre.
  • Une trame donne la convention : le chœur en tragédie grecque, la chanson en comédie musicale, l'interview en mockumentary.

Au barillet de match

« Derrière la porte » · « Pendant ce temps, dans la salle d'attente » · « On l'a appris par la radio » · « Le lendemain de la bataille » · « Ce qu'on a vu par la fenêtre » · « Le bruit dans la pièce d'à côté » · « Les chaussures dans l'entrée » · « Le silence après » · « Les étoiles se taisent » · « La voix au bout du fil » · « Le jour où on a fermé les volets » · « Le jour où la porte s'est refermée sur eux » · « Le jour où personne n'a parlé de la veille » · « Le jour où le bruit a cessé »

Des titres de match qui effleurent cette fiche. Ouvrir le barillet